La dysrégulation émotionnelle associée au TDAH

La dysrégulation émotionnelle est souvent associée au TDAH et a d’ailleurs été reconnue dans le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) comme un élément soutenant le diagnostic. En effet, de nombreuses études montrent que les symptômes de labilité émotionnelle sont plus souvent présents chez les personnes présentant un TDAH que chez les personnes qui n’en présentent pas. Rappelons que le TDAH est un trouble neurodéveloppemental caractérisé par de l’inattention, de l’hyperactivité et de l’impulsivité.

La dysrégulation émotionnelle fait référence à une déficience de la régulation des émotions et reflète des changements émotionnels rapides, excessifs et mal contrôlés en réponse à des événements ou à des interactions avec d’autres personnes et qui reviennent généralement à la ligne de base en peu de temps (1). Cette dysrégulation émotionnelle se manifeste par une irritabilité accrue, une faible tolérance à la frustration, une agressivité réactionnelle et de soudaines crises de colère.

Au contraire, la régulation émotionnelle peut être définie comme l’ensemble des processus par lesquels un individu évalue, inhibe, maintient ou modifie l’intensité, la fréquence ou la durée de ses réactions émotionnelles afin de présenter un comportement socialement adapté ou afin d’atteindre des objectifs qu’il s’est fixé (2).

Selon la théorie de Barkley qui est une référence dans ce domaine, le TDAH est caractérisé par des déficits des fonctions exécutives. Les fonctions exécutives sont des fonctions cognitives qui permettent le contrôle de l’information et du comportement grâce notamment à l’inhibition des réponses et des comportements inadaptés. Selon le modèle de Barkley le déficit du contrôle émotionnel observé dans la dysrégulation émotionnelle serait directement lié aux déficits des fonctions exécutives évoqués ci-dessus.

Toutefois ce modèle est actuellement remis en question. En effet Villemonteix et collaborateurs (2015) ont rapporté les résultats d’études récentes de neuroimagerie. Celles-ci ont montré, aux côtés des atteintes des voies fronto-corticales impliquées dans les déficits des fonctions exécutives, la présence d’altérations fonctionnelles des voies fronto-limbiques impliquées dans la régulation émotionnelle chez des patients présentant un TDAH. Ces données nous éloignent d’une conception purement cognitive du trouble. Ainsi la dysrégulation émotionnelle ne serait pas seulement une conséquence secondaire des déficits des fonctions exécutives mais elle serait une composante indépendante du trouble, contribuant ainsi à sa symptomatologie (2). Les auteurs soulignent par ailleurs que selon la théorie de Barkley l’intensité avec laquelle un individu montre un déficit d’inhibition comportemental est la même intensité de son déficit d’inhibition émotionnelle. Or tous les sujets présentant un TDAH ne présentent pas des symptômes de labilité émotionnelle.

Ces résultats ont toute leur importance dans la pratique clinique. En effet dans le cadre de ma pratique, je tiens compte de la possible présence de difficultés émotionnelles associées au TDAH. Je suis attentive également à identifier comment celles-ci contribuent aux difficultés rencontrées par les personnes qui me consultent afin de choisir des stratégies thérapeutiques pertinentes.

Chez le jeune enfant par exemple les manifestations de la dysrégulation émotionnelle sont en général librement exprimées. Celles-ci sont souvent mal comprises par l’entourage et mal gérées. Elles peuvent par ailleurs provoquer un rejet par l’entourage. En grandissant l’enfant peut être tenté de refouler ses émotions ou de les réprimer prenant ainsi le risque de développer une mauvaise image de soi voire un trouble anxieux. D’un autre côté, s’il ne peut contenir ces manifestations émotionnelles, cela peut potentiellement dériver en un trouble plus grave.

Une partie du travail d’accompagnement que je propose consiste à expliquer au patient et à son entourage son fonctionnement, l’impact du TDAH et de la dysrégulation émotionnelle sur son comportement afin qu’il puisse en avoir une meilleure compréhension. L’accompagnement consiste aussi à soutenir l’entourage et le jeune pour qu’ils puissent développer des stratégies permettant un mieux-être au quotidien. Selon l’âge de l’enfant on peut travailler avec lui et lui apprendre à comprendre ses émotions et à les accueillir.

Sources

(1) www.genepsy.com La dysrégulation émotionnelle (2020).

(2) Villemonteix, T., Purper-Ouakil, D., Romo, L., (2015). La dysrégulation émotionnelle est-elle une des composantes du trouble déficit d’attention/hyperactivité ? L’Encéphale, Volume 41, Issue 2, pp. 108-114

http://www.tdah-ressources.org

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